Nidification en cours… merci de patienter…

A la rentrée de septembre dernier, on m’a offert l’immense chance de pouvoir séparer mon espace professionnel de mon espace personnel. Je n’en pouvais plus d’avoir mon bureau dans mon salon, ma salle à manger dans mon bureau, l’impression d’étouffer dans cette petite pièce où malgré les rideaux et autres astuces déco dignes de Valérie Damidot, la compartimentation était impossible entre mes activités pro, artistiques, familiales, amicales, sentimentales…

J’ai souvent vécu dans de petits espaces, bordéliques et encombrés, et je n’ai pas le souvenir de m’en être trouvé mal. J’ai adoré mon premier appartement à moi, un studio de 15m2 (aussi grand que ma chambre d’ado chez mes parents !) : quelques affiches, mes livres et mes cds, et hop, je me sentais chez moi. C’était mon univers, mon refuge, ça fleurait bon le thé à la mûre et le déo. Les appartements qui ont suivis étaient dans le même esprit, celui de l’indépendance, et même si probablement à l’époque je rêvais de plus grand, et si les souvenirs qui me restent sont enjolivés par ma mémoire sélective, on y était bien, on pouvait y dormir à plein, à la fin de soirées trop longues pour avoir envie de rentrer.

Plus tard, en vivant avec un mec, la hi-fi et la télé ont gagné du terrain sur les livres, les petits coussins et ces choses qui font que moi je me sens bien (oui, c’est mega cliché, je sais, et je n’ai pas d’excuse), et encore après, le Minus, tous ces trucs de puériculture, les meubles pratiques et sur lesquels il fallait pouvoir coller des coins en plastoc et des sécurités sur les portes sans trop d’états d’âme, le canap à l’épreuve des coups de feutres et autres mains pleines de chocolat… A un moment, je ne sais pas trop quand, j’ai renoncé, ou j’ai oublié, je ne sais pas, qu’on a tous un besoin d’harmonie, qui passe aussi par le décor. Qu’il faut un nid où l’on soit au tendre et au chaud, tout.e seul.e, avec le Minus, avec les ami.e.s et tou.te.s les autres.

Je ne sais pas comment ? pourquoi ? Pourquoi j’ai dormi si longtemps sur ce matelas récupéré, taché, qui ne convenait pas à mon dos (punaise, 4 ans et demi !). Il y a quelque chose de l’ordre du masochisme, de la punition là-dedans… Je ne sais pas pourquoi je me suis infligé ça. Est-ce que vivre dans tout ce bordel (qui a augmenté au fil des ans et du développement de mon activité artistique et professionnelle) est une manière de rejeter la vie domestique ?

D’accord, j’exagère, lorsque je me suis installée avec le Minus, j’ai quand même essayé de faire en sorte que ce soit le plus joli possible avec les moyens du bord. Mais il est vrai que je n’y ai ensuite plus consacré d’énergie ni de temps, et que j’ai plutôt laissé l’état des lieux se dégrader, se remplir jusqu’à la suffocation, jusqu’à ne plus avoir envie d’y recevoir ni même d’y passer moi-même du temps. Le parallèle est bien entendu évident entre mes deux intérieurs, ma difficulté à faire des choix entre ce que je garde et ce que je laisse partir, ma difficulté à réparer, la culpabilité de créer du beau qui serait aux dépends de l’utile, du lucratif (les pauvres me comprendront), se reflétant immanquablement sur mon lieu de vie.

J’ai un jour dit à quelqu’un dont je visitais la maison à l’improviste pour la première fois qu’elle était à son image, et lorsqu’il m’a demandé de préciser, j’ai lâché malicieusement (mais quand même brutalement avec la subtilité qui me caractérise parfois) « c’est le bordel ». Je ne sais pas si, les quelques fois où il avait eu l’occasion de venir chez moi, annoncé, j’avais réussi à faire illusion avec un peu de rangement, de ménage et de camouflage de dernière minute, mais enfin, il aurait été en droit de me répondre que l’hôpital se foutait de la charité.

Des années ont passé depuis cet épisode, et je crois que ça y est, je suis enfin sur la bonne pente, celle de l’allègement, du courage de faire le tri et de prendre les choses en main. J’ai acheté un nouveau matelas, quelques meubles qui ont vécu des tas de vies, mais que j’aime, que je ponce, rénove, retape, chéris, dont je prends soin. Les objets se mettent en place selon leur importance (si à force de déplacer mon encombrante télé d’un coin à l’autre du salon elle finit par terre, ce ne sera probablement même pas un acte manqué), je me sépare du superflu avec la joie qu’il m’ait servi et de ne plus en avoir besoin, et l’espoir qu’il contentera d’autres personnes. Et il m’en faut, de la confiance, pour lâcher dans la nature tous ces « ça peut servir » ! (j’avoue que je triche en en planquant certains dans mon atelier)

Ma liberté s’exerce pleinement à travers ce à quoi je renonce (parce que, comme dirait l’autre, choisir c’est renoncer), et je crois que c’est de là que vient le sentiment de puissance dont je parlais hier.

Vous avez vu comme c’est beau, toutes ces intentions ? Il y a du DIY dans l’air, des tableaux et des plantes vertes…

On dirait presque que j’ai oublié l’implacable principe de réalité.

Principes de réalité se reposant de leur dernière connerie et préparant la suivante.

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