Follow the yellow brick road

Régulièrement je me demande pourquoi j’écris ici, et pourquoi j’y écris de la manière dont j’y écris. Cet équilibre entre le travail sur moi dont je livre des petits morceaux et la discrétion et la pudeur dont j’essaie de faire preuve est précaire. J’ai bien conscience de balancer entre des révélations qui semblent probablement trop intimes à certains de mes trois lecteurs et une superficialité frustrante mais volontaire… Je connais le moyen de dire plus de choses sans me mettre à découvert ni blesser, c’est la fiction, mais je n’y suis pas encore, il va falloir patienter.

En attendant (je saute du coq à l’âne, pour le plus grand plaisir d’Emilie Jolie) (enfin, pas tant que ça, puisque cet article fait partie de ceux qui vont naviguer entre deux eaux, je pense), je voulais écrire à propos d’une chronique de Christophe André qui a eu un écho intéressant en moi : Plaire ou séduire ? Je vous laisse la lire si vous le souhaitez, c’est rapide. Pour résumer très schématiquement, il distingue plaire (lorsque vous êtes apprécié pour ce que vous êtes) de séduire (qui est un acte volontaire, fait parfois de promesses non tenues et de manipulation) et il en tire quelques remarques et analyses sur nos rapports aux autres, avec sa sérénité habituelle.

D’abord cette chronique m’a interrogée sur mon rapport à la séduction, pas uniquement dans les relations amoureuses, mais aussi professionnelles, amicales… Je suis en paix avec moi-même à ce niveau, je suis tellement mauvaise pour me vendre, que je suis certaine que si parfois mon charme opère, ou que j’ai une once de charisme, c’est bien malgré moi ! Cela ne m’empêche pas de souffrir du besoin de plaire, qui se manifeste probablement par d’autres névroses (ne pas savoir dire non, rendre service et bénévoler de manière compulsive…). C’est un autre problème. En tout cas, pour une fois, j’étais contente de lire une analyse sur les relations humaines qui ne me mettait pas en difficulté.

Et puis, quand même, quelque chose me chiffonnait, sans trop savoir quoi. Quelques jours plus tard, un ami, à propos d’une de nos connaissances, me dit « on sent bien qu’elle ne s’intéresse pas sincèrement aux gens ». La personne dont on parlait est un cas d’étude de séductrice. Moi, elle m’avait séduite, volontairement, et mon ami, qui n’avait jamais été l’objet de sa séduction (ou qui y avait été moins sensible), avait un regard beaucoup plus distancié. Notre perception de cette personne était complètement différente. Et j’ai compris le malaise que je ressentais face à la chronique de Christophe André : ce qu’elle questionne, ce n’est pas ma posture dans le plaire / séduire, mais ma condition de « séduite ». Et hop, c’est reparti, me voilà en train de relire toutes mes relations avec ce nouveau filtre, angoisse, rumination, auto-flagellation, la routine, quoi. Ce n’est pas très agréable de sentir que certaines choses vous ont échappé, que là où vous pensiez avoir le contrôle ce n’était pas réel. Que vous qui considérez l’esprit critique comme une des plus importantes vertus en avez complètement manqué dans tant d’occasions. Est-ce que cela implique de tout remettre en question, les sentiments, l’authenticité de tout ce qui a pu être construit ? Ou juste une partie ? Je crois que je n’ai pas besoin de faire ce travail, je suis assez apaisée par rapport au passé pour aller de l’avant sans tout passer à la moulinette. Oui, j’ai parfois été séduite. Oui, cela a participé à la somme de choses qui ont piétiné mon amour propre et ma confiance en moi. Oui, cela m’a fait faire des choix qui ne m’ont pas rendue heureuse sur le moment. Mais encore une fois, ce ne sont que quelques briques jaunes de ma route, et comme j’entrevois la cité d’Emeraude, je n’ai plus de colère, juste de la gratitude.

Je sens bien qu’écrire cet article est une des façons, parmi d’autres, de valider que cette blessure est refermée, et de m’autoriser à lâcher prise et à me défaire d’un morceau de carapace supplémentaire. (Vous avez vu comme je retombe bien sur mes pattes par rapport à l’intro ?) Je ne sais pas ce que cela peut vous apporter… Je ne veux pas cafter, mais vous êtes quelques uns à m’en reparler ensuite de mes articles, alors je me dis que rien que pour ça, ça vaut la peine de les partager avec vous. Et que nous continuions un peu ensemble notre quête de cervelle, de courage et de cœur.

 

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