Et tout le reste est littérature.

Mon ordi est malade. Cet événement m’empêchant de monter, animer et bidouiller, j’ai de l’espace libre (enfin, la partie qui n’est pas dédiée à essayer de sauvegarder coûte que coûte mes données, au cas où il décide de me lâcher complètement), et observer comment et par quoi il se remplit naturellement m’enchante.

J’écris, beaucoup, je lis, encore plus, et je bricole un peu (ces mains qui ne peuvent pas rester inoccupées…) Il fut un temps, pas si lointain, où je me serais probablement roulée en boule sur mon canapé en attendant que cela passe, stressée jusqu’à la paralysie par le travail qui prend du retard et les factures que je ne peux pas envoyer. Pas cette fois. La confiance qui m’habite semble sans limite (restons tout de même vigilant.e.s), je découvre que moi aussi je sais vivre dans le présent (grande nouvelle).

J’ai l’espoir secret (enfin, jusqu’à aujourd’hui, vu que je vous balance tout) que cela me permette d’atteindre dans mon écriture le lâcher-prise que je recherche, d’envoyer valser les résistances qui me brident encore beaucoup, et énervent, plus tellement ma légitimité en tant qu’autrice, mais plutôt la qualité de mon travail. J’entrevois les limites de mon attachement à la dramaturgie (lutte implacable contre la scénariste en moi) (la question de l’attachement, je l’ai travaillée avec les personnes, maintenant au tour du processus créatif ?), et j’ai l’intuition qu’il faut faire bouger ces règles que je suis depuis bien longtemps, remettre à plat, réinventer. Je suis jalouse des auteurs qui trouvent leur voix très jeunes, quand je sais qu’il me faudra des années de travail et d’analyse avant de me libérer de mes inhibitions et produire quelque chose de valable. En attendant, il faut travailler. Sur moi, sur mon écriture, sur mon rapport à l’art et à la créativité…

Depuis février, les ateliers que j’ai animés, la soirée lors de laquelle j’ai lu en public (et l’accueil chaleureux qui m’a été fait par une foule de 25 personnes en délire refoulé), j’entrevois des possibilités dans le champ poétique (je sais, je sais, vous avez remarqué). Et comme j’aime quand même toujours avant tout raconter des histoires, je me permets de ne pas trop m’attacher à la forme, et de me concentrer sur le récit, et un peu sur le rythme et la mélodie, quand même, avec l’art poétique de Verlaine revenu en fond d’écran (depuis 25 ans, et « de la musique avant toute chose » affiché en gros sur le mur de mes cours de solfège, il réapparaît régulièrement, c’est un signe).

Ce petit arrêt au stand et check de la machine, pour vous expliquer pourquoi le blog est ce qu’il est en ce moment, pour prendre le temps d’analyser ce qui se passe pour moi, et parce que, dans le travail biographique que permet ce lieu, cette étape est importante à noter (c’est bien sérieux tout ça). De toute façon, je fais ce que je veux !

Et peut-être que bientôt, il y aura un article sur la sensation de liberté sauvage et la sérénité qui m’emplissent en ce moment, fragiles et précieuses, et soigneusement entretenues.

 

Art poétique
(Paul Verlaine)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Commentaires (2)

  1. REMY

    Il y a des accents dans ce récit qui font revivre en moi le souvenir touchant de Desproges !
    Merci belle autrice qui lit en public et reçoit un accueil chaleureux par une foule de 25 personnes en délire refoulé !

    C’est toujours un bon moment de te lire Aurélie 🙂
    Des bises non refoulées 😉 ! haha !

    Répondre
  2. Pingback: Crinière au vent et autres romances | No Sex Inside

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