Crinière au vent et autres romances

Et peut-être que bientôt, il y aura un article sur la sensation de liberté sauvage et la sérénité qui m’emplissent en ce moment, fragiles et précieuses, et soigneusement entretenues.

Avant que vous ne me demandiez de vous rembourser vos invitations pour cause de réclame mensongère, je m’y colle. Je ne sais pas tellement comment mettre en mots ce que je ressens ni où cela va nous mener. Impro.

Je découvre un truc nouveau, qui me bouscule par sa dimension mystique. C’est un bien gros mot pour une prudente comme moi qui, hormis dans la décadence de mon humour douteux, prends toujours soin de rester modérée dans mon vocabulaire. Mais là, oui, oui, j’en use, avec toute l’acception religieuse du terme.

Lorsque j’étudiais encore la philo, notamment en hypokhâgne (hier), je me souviens de petits moments d’épiphanie (allons-y à fond) quand dans ma vie quotidienne (et Dieu sait si elle était mouvementée, émotionnellement et intellectuellement parlant), j’expérimentais un concept vu en classe. J’ai toujours eu du mal à saisir l’essence d’une notion tant que je ne l’avais pas vécue dans ma chair, ou au moins ressentie au travers d’un exemple généralement littéraire, plus rarement historique. Besoin de passer par l’empathie. (c’est probablement la raison pour laquelle je suis aussi influençable).

Tout cela pour introduire mon entrée dans une action qui, je m’en rends compte, m’était jusqu’à présent étrangère. D’un pays proche, hein, pas si éloigné ni si différent, et à laquelle je n’étais pas hostile par principe, mais qui ne m’avait jamais touchée. (je tease un poil…)

Ces très longues dernières années de travail sur moi, souvent violent, souvent douloureux, j’ai eu l’impression de franchir des paliers, de creuser de plus en plus profond. J’ai décortiqué mon enfance, les relations avec mon entourage, les influences, les mécanismes, ce qui se joue, ce qui ne se joue pas, ce qui s’oublie, ce qui se dit et ce qui se tait… J’ai été très, très, très en colère. J’ai gratté des stigmates jusqu’à rouvrir des plaies. Je les ai soignées. J’ai bien fait tout mes petits exercices des bonshommes allumettes et coupé les liens d’attachement, avec les autres, avec des bouts de moi. Et je me suis demandé si l’on n’était jamais guérie et libérée. Je me suis habituée à ces cycles, je sais que lorsque j’ai l’impression d’avoir fait le tour d’une question, elle revient plus tard, avec de nouvelles analyses, de nouvelles résolutions, parfois un petit uppercut histoire de dire qu’il ne faut pas relâcher l’attention. J’ai appris à observer (relativement) sereinement et avec curiosité où le flot me conduit. Je pensais que cela n’avait pas de fin.

Les vagues les plus récentes m’ont déposée avec une douceur de coteau du Layon sur un rivage pas si lointain donc et pourtant inconnu, celui du Pardon. Ce palier là, je ne l’ai pas vu venir, même si bien sûr il fait sens, même si bien sûr on me l’avait sûrement annoncé comme une étape (peine perdue, tant que je ne l’avais pas infusé).

La colère a été mon moteur des pourquoi, le carburant de mon besoin de comprendre ce qui m’avait amenée ici et maintenant et surtout dans cet état. Pas un état pire qu’un autre, mais un état quand même problématique tant il était embrouillé dans des contradictions qui m’empêchaient de comprendre qui j’étais (je vous rassure, il reste pas mal de nœuds dans cette pelote, vous n’allez pas être débarrassés de mes folies introspectives de sitôt). Mais il y a un moment où il faut bien que la question se calme, soit parce qu’on a assez de réponses (il est important de garder un peu de mystère), soit parce qu’on lâche prise sur cette quête effrénée. Et quand la bulle de colère se dégonfle, qu’est-ce qu’il reste ? Il a fallu que quelqu’un me pose la question pour que je mette le doigt dessus (si vous n’avez pas les moyens de vous payer un psy, je vous conseille les longs voyages en voiture en tête à tête avec un.e ami.e. Hyper efficace.), pour que je comprenne que ce que j’expérimentais, à la fin de la colère, ce n’était pas rien. C’était le Pardon.

Et c’est un TRUC.DE.OUF. Ce sont non seulement tous ces liens tombés à terre : les ficelles, les chaînes, les entraves en tout genre qui empêchent de pendre la mer. Et c’est aussi un tsunami de gratitude pour les épreuves (exogènes et endogènes) qui m’ont traversée. Et la Paix. Pas la parole en l’air que tu dis pour faire plaisir à ton psy ou à ton confesseur, mais la sensation de plénitude vraie, la Liberté.

Tout ça, je le frôle du doigt. C’est un rideau entrouvert sur une alcove. Je suis encore bien souvent en train de courir dans le couloir des portes qui claquent, à ouvrir des serrures avec des clés rouillées, mais je sais que les portes claquent de moins en moins fort et que les serrures sont de moins en moins grippées. Et qu’au bout du couloir se trouve le rideau. (le rideau ! le rideau !). Je l’ai ouvert une fois ou deux. Chez moi, cela se manifeste par ce que je décrivais en introduction : un sentiment de liberté fragile, de retour à un état sauvage et confiant, une sensation d’espace aussi.

La haute montagne en dedans, quoi.

Prenons soin de la nature.

(Et relisons allègrement Rousseau)

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