Acharnement thérapeutique

Dans beaucoup de domaines, je suis un papillon. Je commence des tas de trucs que je ne finis pas, parfois parce que la fin ou le résultat m’importent moins que l’expérience en elle-même (dedans, il y a des tas de loisirs divers et variés que j’ai juste envie d’essayer et que je stoppe une fois ma curiosité assouvie), parfois parce que je sens que le chemin que je prends me mène dans un endroit qui ne m’intéresse pas et que je préfère en tester un autre (cela vaut pour beaucoup de textes que j’écris et notamment des articles de blog, mais aussi une bonne douzaine de romans. Bon, ok, au moins vingt.), parfois parce que le résultat arrive avant la fin (mon objectif – me défouler, me détendre, explorer…- est atteint avant la totalité de ce que j’avais prévu pour le remplir. Exemple, courir 30 minutes pour se défouler : parfois j’enfile juste mes baskets et ça va mieux, sans même avoir à sortir… #fufufufu# ).

Lorsqu’il s’agit d’abandon, de découragement devant l’ampleur ou la difficulté d’une tâche, ou de lassitude, généralement j’y reviens plus tard (tu le vois, là, ce tricot livré à lui même au fond de ce panier depuis des semaines ?!).

Mais alors, pour certains sujets, je suis incapable de lâcher l’affaire tant que je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour de la question. Ce qui, soyons honnête, n’arrive jamais. On peut tourner sans fin autour d’une question. Enfin, jusqu’à ce que mort s’ensuive, quoi. Pour moi, un objet n’est pas cassé, il est à réparer. J’en ai des tas dans mes placards. C’est pareil pour les relations. Je ne supporte pas qu’on ne m’aime pas, qu’on ait une mauvaise impression sur moi ou que l’on juge mes intentions malveillantes. Cela génère chez moi un sentiment d’injustice au dessus duquel je ne parviens pas à passer. Cela m’a valu quelques ruptures interminables, quelques échanges professionnels sans fin, quelques situations embarrassantes et embarrassées dans lesquelles je me replongeais sans cesse (mon côté SM probablement). Le bon sens voudrait qu’il faille parfois accepter qu’un objet ne soit plus bon qu’à jeter à la poubelle, et que cela n’a rien à voir avec les efforts que l’on met à le réparer, qui sont stériles et font perdre du temps et de l’énergie (oui, oui, cela a à voir avec des problèmes de contrôle et de lâcher prise, encore, vous avez le droit de penser que je suis un cas désespéré…).

Et puis, ces derniers jours, j’ai trouvé. J’ai trouvé sur quoi il fallait que je m’acharne pour aller mieux (attention, va suivre une révélation similaire à celle qui a frappé l’inventeur du fil à couper le beurre). Ce dysfonctionnement, que dit-il de moi ? Quelle est ma part de responsabilité dans la panne, dans la répétition des schémas, dans l’incompréhension de ce qui cloche, de ce qui pourrait faire en sorte que cela fonctionne, ou de ce qui pourrait me permettre de lâcher prise ? Alors mon projet du moment est de mettre en place une espèce de modus operandi face à ces situations désagréables dont je ne parviens pas à m’extraire.

Première étape : accueillir mon émotion. Ecouter l’agacement, la tristesse, la colère, la frustration. Les embrasser, les chérir, parce qu’elles sont moi et qu’elles ont besoin d’être écoutées sous peine de s’exprimer par le biais de maladies psychosomatiques dont personne ne veut, qui souvent démangent au creux des bras. OK, c’est un peu la base, on est d’accord.

Deuxième étape : ben… je ne sais pas très bien. Déchiffrer ce que fait résonner en moi cette émotion ? Comprendre ce qui dans mon histoire la fait sortir dans cette situation donnée ? Le premier réflexe serait plutôt de la faire cesser coûte que coûte, mais croyez-en mon expérience (et écoutez la vôtre), cela ne fonctionne jamais, non ?

Troisième étape : toujours en tâtonnant… Voir ce que je peux soigner en moi, pour apaiser la relation et en prendre soin ? Ou pour accepter de la laisser mourir si c’est le moment.

Une truc dans le genre, ça me semble pas mal. Si vous avez des idées, je prends. En attendant, je vais continuer à essayer de m’acharner uniquement à me connaître moi-même, c’est bien assez de travail. Et j’espère ainsi que je réussirai mieux à aimer les autres. (essayer, j’ai dit)

Espérons que cette tâche ne fera pas partie de celles arrêtées en cours de route ou enfermées dans un placard.

[castagnettes et solo de sax]

Photo illustrant l’article, en page d’accueil du blog : @Fanny Jorda-Iniguez

Commentaires (3)

  1. REMY

    S’apprivoiser à chaque réveil comme à chaque colère…,
    S’accueillir à chaque moment de découragement…
    Célébrer à chaque fois que la joie se manifeste sous forme de petits ou de grands moments…
    Se donner de l’empathie le plus souvent possible, du mieux que l’on peut et ressentir la vie que nous sommes… avec tendresse…
    Voir nos jugements moraux sur nous-même et sur les autres…et faire faire l’expérience que ce ne sont que des pensées…

    Voilà quelques « trucs dans le genre » qui me font du bien… Alors je partage 🙂
    Des bises.

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    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      Merci Rémy.
      A te lire se dessine un salut dans la méditation. A creuser…
      Bises

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  2. Cathel

    Vider les placards est une idée aussi. Faire deux trois sacs poubelle et deux trois cartons de trucs à donner. J’y suis depuis quelques moi à la maison. Il faut prendre son temps !

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