Out there

Bon, je sais que vous attendez cet article depuis longtemps, et il faut bien que je finisse par en parler, de ma love-life de trentenaire célibataire, avant d’avoir 40 ans. A défaut d’être croustillant, j’espère que ce sera rigolo.

(Toi qui as partagé mon lit un bout de mon chemin, et toi aussi, et toi, et toi là-bas… respire, je n’ai pas prévu d’entrer dans les détails ni de donner de noms.)

Lorsque tu te retrouves célibataire après de nombreuses années de vie de couple, tu es comme une gazelle qui, après avoir vécu 10 ans dans un zoo se retrouverait lâchée dans la savane. Un peu perdue dans ton habitat naturel, tu ne reconnais rien : depuis la dernière fois les arbres ont poussé, certains points d’eau se sont taris et tes repères familiers ont disparu.

« Tell me I’ll never be out there again » (When Harry met Sally)

Comme tu as une grande gueule, pour une végétarienne, et que tu n’as peur de rien (que tu crois), tu n’attends pas qu’une gazelle débarque, clic, tu files direct attaquer une bande de lions, là, au milieu de la clairière. On te fait croire que tu as le contrôle, que tu peux choisir, mais rapidement tu te rends compte de l’hypocrisie : les lions paient pour être là, alors que pour toi tout est gratuit, il y a même des panneaux qui clignotent pour te le signaler. « Si c’est gratuit, c’est toi le produit », disait l’autre. Tu es là pour te faire croquer. Virtuellement et plus si affinités. Alors autant pousser le cynisme à fond et aller là où d’un pouce tu peux choisir, sur la foi de quelques photos et d’un texte de trois lignes, les crocs qui se planteront dans ta gorge (je vous jure que j’essaie d’écrire cet article sans sous-entendu sexuel).

Et là, c’est le festival. Le festival des lions. Un terreau fertile d’études anthropologiques zoologiques.

D’abord, tu cherches à comprendre le jeu. Est-ce qu’il a vraiment changé, depuis avant ? Qu’est-ce qui détermine les relations entre ces groupes d’individus ? Plus ou moins rapidement selon la vitesse à laquelle tu percutes (oui, oui… pour moi ça a été plus long que pour d’autres), tu te rends compte qu’il n’y a pas de règle. Ou plutôt que chacun fait les siennes. Pour que ce soit clair, il faut souvent beaucoup communiquer, se mettre d’accord l’un et l’autre sur la partie que l’on joue. Le premier qui trouve le romantisme dans tout ça gagne un rendez-vous. (NB : Moi aussi je connais des couples pour qui cela a fonctionné, je vous raconte juste mon expérience)

Ne sachant pas répondre à la question « qu’est-ce que tu cherches dans la savane ? » (on ne se refait pas, hein, j’ai toujours beaucoup de questions et très peu de réponses), tu sais bien que la poser au lion devant toi n’a pas beaucoup de valeur. Et plus tu décortiques la machine, moins tu arrives à être toi-même. Alors tu essaies de prendre du recul, tu t’investis moyennement et tu observes. C’est drôle, malgré tout, de regarder les autres se débattre sous le même soleil brûlant, dans les mêmes herbes hautes et jaunies. Il y a les lions morts de faim, souvent insatiables, qui te mordent au bout de 5 minutes de conversation et qui ne te lâchent plus. Il y a les lions qui ne disent rien et qui ne rappellent pas. Il y a les lions à qui tu ne réponds rien et que tu ne rappelles pas. (je pourrais écrire tout un article sur ce fucking silence treatment) Il y a les lions avec lesquels tu penses que tu vas pouvoir t’échapper de la savane et en fait non, l’élan (pas l’animal, suivez, un peu !) te conduit seulement à l’orée de la forêt avant de retomber. Il y a les lions qui établissent des règles et ne les appliquent pas. Il y a les lions qui te plaisent beaucoup, mais devant qui tu n’arrives pas à te défaire de ta carapace (tu finis par te transformer en tatou, parfois). Ceux-là, ils allument souvent un feu de regrets, qui couve, très difficile à éteindre. Il y a aussi des lions déguisés en tatous, des gazelles déguisées en lions… et beaucoup d’animaux malheureux qui mentent ou se mentent à eux mêmes.

« A quoi bon collectionner les amants si aucun ne vous offre l’Univers ? » disait Lacan, qui ne se mettait pas du tout la pression.

Et puis un jour tu te rends compte que ce que tu prenais pour la savane n’est rien d’autre qu’un gigantesque cirque. Tu as beau clamer haut et fort que tu n’as besoin de personne, que deux êtres ne peuvent s’appartenir, que l’on n’a pas besoin d’être amoureux pour être heureux, dans les faits tu participes à ce grand spectacle de marionnettes qui dit tout le contraire.

Alors tu déconnectes, tu coupes les ficelles, tu lâches prise. Hors du chapiteau, tu rencontres des gazelles, qui parfois ne valent pas mieux que les pires des lions, mais au moins tu es sûr que c’est une espèce de magie qui opère, et pas un algorithme.

Cette histoire, je ne sais pas très bien comment elle se termine. Toutes ces rencontres (pas si nombreuses, malgré tout) (je dis ça pour rassurer mon père et préserver l’idée qu’il se fait de ma vertu) auront au moins eu le mérite de m’aider à mieux me connaître. Et puis, dans le lot, il y a eu une majorité de belles personnes, des tas de bons moments, plus ou moins longs mais c’est pas la longueur qui (non, je… mais… aaaargh…).

Et parfois même de chouettes playlists, quand j’avais le droit de choisir la musique.

 

PS : J’ai juste évoqué la rencontre, et ça a occupé l’espace d’un article entier. Il reste à raconter tout ce qui se passe après. Ca promet ! (et y’a peut-être moyen de moyenner du croustillant)

Commentaires (3)

  1. frangino du milieu

    Et puis un jour tu te rends compte que ce que tu prenais pour la savane n’est rien d’autre qu’un gigantesque cirque. Tu as beau clamer haut et fort que tu n’as besoin de personne, que deux êtres ne peuvent s’appartenir, que l’on n’a pas besoin d’être amoureux pour être heureux, dans les faits tu participes à ce grand spectacle de marionnettes qui dit tout le contraire.

    Ben moi je participe pas et me sens très bien comme ça…

    Répondre
  2. Harry

    Joliment écrit. Je me retrouve beaucoup dans ce que tu écris. C’est ce qui m’est également arrivé lorsque je me suis retrouvé seul.
    Lâché en liberté et ne sachant vers où et vers qui courir.

    Répondre
    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      Merci.
      Est-ce que c’est vraiment la liberté, tant qu’on ne s’est pas détaché de nos croyances ?

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *