Les petits cailloux

Qui n’a pas rêvé un jour de se rebooter, de redémarrer en mode sans échec ? Que tous ces bugs, toutes ces failles de sécurité disparaissent une bonne fois pour toute, et qu’on puisse recommencer, peut-être pas tout à zéro, mais en tout cas, sans que les gros traumatismes ni mêmes les petites blessures ne viennent mettre leur grain de sel dans les rouages de la machine.

pave-dans-la-mareBon, ok, ce ne serait pas très marrant, cette histoire qui n’aurait aucun poids, de toute façon ce n’est pas possible (et puis imaginez, moi, avec en plus ma machine déjà pas tout à fait aux normes).

C’est en pensant à tout ça que j’ai eu un flash. J’ai pris conscience que ces bugs avaient généré chez moi (parmi d’autres désordres ma foi fort nombreux) quelque chose d’insidieux, enfin, pas si insidieux puisque depuis que j’y pense j’ai trouvé des tas d’exemples. C’est un truc tout bête, je pense que tout le monde s’y trouve régulièrement confronté. Moi je l’ai appelé mon mode échec programmé (mais vous choisissez le nom que vous voulez pour le vôtre, hein, je ne voudrais pas vous commander). Vous savez, c’est ce mode qui fait que vous vous lancez dans un truc en faisant tout pour que ça rate, pour le plaisir de vous asséner à vous-même « tu vois, je te l’avais bien dit ». Cela se manifeste dans des circonstances diverses et variées, projets, vacances, relations amoureuses… C’est un peu lui qui est à la base de la procrastination aussi, ça fait moins mal de rater une tâche quand on n’y a pas passé des heures. Et deuxième effet embrasse-frais (moui, bon, on en reparlera plus tard…), c’est que cela permet de justifier de rester dans sa zone de confort (ben oui, puisque quand tu tentes autre chose que ce que tu sais faire, ça rate) : se mettre en couple avec quelqu’un dont on n’est pas amoureux, choisir un boulot sans trop de challenge ou de remise en question de sa pratique. Cela fait que tu te donnes à toi-même le choix entre « c’est pas très bandant mais ça ne fait pas mal », et « c’est potentiellement génial, regardez comment je vais le rater. » Et à 35 ans (oui, parce que je vous ai pas dit, l’autre jour c’était mon anniversaire), tu te rends compte que, de une, tu as fait du mode échec programmé ta petite spécialité, et que, de deux, cette construction mentale, qui tient solidement debout tant que tu as des causes extérieures à blâmer pour ces échecs, s’écroule dès que tu décides de prendre tes responsabilités et de regarder d’un peu plus près le pourquoi du comment-que-ça-se-fait-qu’ça-a-merdé.

Tout ça pour dire que mon mode échec programmé s’est beaucoup rappelé à moi ces derniers temps, et que je veux lui déclarer publiquement que j’ai décidé de le remplacer par le mode « c’est pas comme si tu avais quelque chose à perdre », que je viens tout juste d’installer (avant, j’avais seulement la version démo). Vous vous doutez bien que si je l’écris ici, c’est un peu pour que vous me rappeliez cette profession de foi lorsque je flancherai. Et aussi pour me donner du courage dans l’affrontement des situations avec un gros enjeu. Et puis enfin pour célébrer les événements, pas toujours agréables, souvent un peu trop intenses, qui m’ont conduite à cette réflexion. Merci ! Vous n’avez pas été vains !

Pour conclure, c’est assez facile de comprendre comment le passé peut influencer le présent. Comment une blessure d’enfance influence l’adulte que l’on est devenu par exemple. On oublie souvent que, dans l’autre sens, le présent a une action sur le passé. Un peu comme lorsque l’on jette des cailloux dans l’eau : le premier fait des cercles à la surface du liquide, le second en fait aussi, qui vont déformer les ronds du premier. On ne peut certes pas modifier le cours d’un événement passé, mais sans aucun doute ses répercussions. (celui qui dit que j’abuse de la métaphore des ronds dans l’eau…)

Alors voilà, le programme, ce n’est pas de faire la liste de tous les impacts (même si en découvrir aide à avancer), mais plutôt d’accueillir les ondes de choc, quelle que soit leur taille, d’écouter ce qu’elles ont à dire, et de décider quels cailloux on balance dans la flotte pour éventuellement les dévier.

En mode pavé dans la mare.

Commentaires (4)

  1. Rémy

    Sur la photo, quel âge as-tu à cet endroit ?
    Et dans l’instant où les mots se pressent de faire des ronds dans l’eau ?
    Si les pierres jetées font des ronds dans l’eau, les pierres lancées font des ricochets sur l’eau. Les unes et les autres finissent toujours au fond, sur le lit ou dans le lit de la rivière.
    A trop en lancer, parfois elles risqueraient de faire barrage… au fond.
    Dans tous les cas elles alourdissent le fond.
    Alors oui, les jets de pierres dans l’eau amusent les enfants et c’est si bon qu’ils en rient !

    Bon j’ai perdu le fil … de l’eau alors pour ne se noyer dans une marre, je vais arrêter avant que tu en aies m…. !
    Tu as deviné !
    Merci en tout cas pour ce partage Aurélie et j’espère plus pour très longtemps aureliemar 😉
    Bises.

    Répondre
  2. M-Aurele (Auteur de l'article)

    C’est le Minus sur la photo ! 😉

    Merci pour ce commentaire. Les ronds de fumée ça marche, en mode Sioux ?

    Bises

    Répondre
  3. Luc Anne

    Excellente réflexion imagée qui me parle après ma séance avec mon nouveau psy qui pour la première fois est un homme et qui m’a fait réaliser qu’il était facile d’incriminer les autres les évènements la vie et d’être dans une position de victime alors que c’était notre perception de ce qui nous est extérieur qui en fait du positif ou du négatif. Et on peut changer la perception de notre enfant intérieur concept abordé avec une sophrologue. Il faut aussi apprendre à se pardonner et à se faire pardonner car personne n’est parfait… Pensée du soir bonsoir !

    Répondre
    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      🙂 Merci !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *