Brûler au soleil et danser sous la pluie

Besoin impérieux de faire le point. 

Vous vous demandez peut-être (je sais que vous vous posez beaucoup de questions à mon propos, ne niez pas) pourquoi faire un point maintenant, quel est l’événement, la date symbolique qui me renvoie à l’intérieur de moi-même au point d’écrire un article de blog, effort que je n’avais pas produit depuis l’an de grâce 1867. Je pourrais faire ma maline en vous répondant que je n’ai pas besoin d’un moment, que je suis une libre penseuse, et que de toute façon je fais bien ce que je veux (ce qui est vrai, malgré tout), mais en fait il y a bien un jalon, une date-à-marquer-d’une-pierre-blanche aujourd’hui.

Oui, parce qu’aujourd’hui, avec le papa du Minus, nous commençons la garde alternée.

Gratich'feria et Coli-mobile

Gratich’feria et Coli-mobile

Et paf ! je vous balance ça comme ça, presque sans préparation, au lendemain d’une fête des mère émouvante et d’un weekend sableux, musical et arrosé (pas tout en même temps, rassurez-vous).

Si les conséquences de la garde alternée n’avaient d’impact que sur notre organisation familiale, ce ne serait pas un événement si exceptionnel. Minus est content d’aller un peu plus chez son papa, qui est content de l’avoir une semaine sur deux, et moi je vais pleurer toutes les larmes de mon corps la première semaine sans lui (on commence par une semaine chez moi), et ensuite cela se passera de mieux en mieux, surtout que je le sais aussi heureux là-bas qu’ici.

Non, ce qui brasse et remue plein de choses dans ma tête, c’est plutôt « mais que vais-je pouvoir faire de tout ce nouveau temps pour moi ? » D’aucuns pourraient imaginer que ce n’est que du bonheur, qu’à moi les parties de jambes en l’air moments de détente et de tranquillité, mais ce serait mal me connaître que de penser que ce n’est pas en premier lieu une indicible angoisse, un trou noir, qui me renvoie à cette question abyssale et non résolue depuis que je suis en âge de me la poser : « mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie ? »

Que cette question arrive à un moment où mon activité professionnelle subit quelques changements me permet de l’envisager d’une manière globale, et c’est très bien. Je me la pose en sachant également que, quelles que soient les conclusions de ce remue-méninges, elles se traduiront concrètement par une grande improvisation pas si différente de celle dans laquelle je me débats depuis toujours. Ce n’est pas grave. L’essentiel est de m’arrêter un moment sur le bord de la route et de réfléchir, avant de reprendre mon chemin comme si de rien n’était, mais nourrie de ces quelques idées auxquelles me raccrocher dans les coups de cafard.

Au début de l’année scolaire, j’ai lancé un grand chantier : après de nombreux mois compliqués (et même un été de grand n’importe quoi), j’avais pris la ferme résolution d’apprendre à m’organiser. J’ai donc, sur les conseils d’une amie, fait de mon agenda mon meilleur allié. J’ai créé des catégories pour chacun des aspects de ma vie, avec les couleurs qui vont bien. Les catégories ? Minus/vie de famille, boulot, activités associatives, temps pour moi. Un coup d’œil sur mon planning de la semaine devait me permettre de savoir si elle était équilibrée et si elle me permettrait de me sentir bien. La méthode a fonctionné à peu près jusqu’à la fin de l’hiver, où des tas d’imprévus bénins du quotidien (des petits virus qui empêchent d’aller à l’école / de travailler / la maîtresse-non-remplacée d’assurer la classe, une voiture en panne…)  sont venus chambouler cette belle organisation, me laissant insatisfaite et frustrée, comme un indice que ce n’était pas la bonne voie, qu’il y avait là-dedans quelque chose de forcé et de pas naturel. Même la logique en est imparfaite. Un dîner entre copines : du temps pour moi. Une sortie avec le minus dans une aire de jeu : du temps de famille. Mais un pique-nique avec mes copines et leurs enfants ? Une sortie au ciné avec le Minus pour aller voir un film qui me plaît autant qu’à lui ? L’amoureux qui passe de la phase week-end sous la couette romantique (oh yeah !) à la phase courses-au-supermarché-en-rentrant-du-boulot-pour-un-weekend-avec-les-12-enfants-de-notre-famille-recomposée (phase critique non-atteinte pour le moment, promis je ne vous cache rien) ? Bref, tout ceci ne fonctionne pas trop, et même si je n’ai pas encore trouvé de système de remplacement, je commence à voir dans quelle direction il faudrait que j’aille pour tendre à cet équilibre subtil du quotidien.

Les fanflures - Fête du Pois Chiche #9

Les fanflures – Fête du Pois Chiche #9

En prenant au début de 2016 la résolution de nourrir mes amitiés, d’accorder plus d’importance aux liens existants qui me comblent déjà avant d’en chercher de nouveaux (ce qui concernait essentiellement ma vie sentimentale, soyons honnête), j’apportais sans le savoir un début de réponse. Penser l’organisation en terme de BESOINS, voilà qui était pertinent ! Besoin de lien, besoin d’amour, besoin de sécurité, besoin de détente et de bien-être, besoin de sens, besoin de créativité et d’expression, besoin de liberté… Accepter que les besoins ne soient pas les mêmes d’un jour sur l’autre, trouver des réponses à ces besoins dans différentes parties du planning (le besoin de créativité par exemple peut être nourri par le travail, par les loisirs, par la résolution d’un problème épineux…), cela me parle et me réconcilie avec ce système de compartimentation trop rigide (pour moi en tout cas) que je tente de m’imposer depuis septembre dernier. Certains besoins sont plus impérieux que d’autres : le besoin de liberté, le besoin de sens, et surtout de créativité. Mais parfois, d’autres cognent à la porte de manière insistante, comme en ce moment le besoin de sécurité, qui se manifeste d’une telle force qu’il me paralyse dans la satisfaction de tous les autres.

Je ne sais toujours pas en détails ce que je vais faire de ma vie. Mais je sais que je vais la penser en accordant plus d’importance à mes besoins (et en écoutant ceux des autres également). C’est déjà pas mal de boulot. Je reprends donc mon petit chemin forte de cette révélation, fruit d’une longue maturation, et accouchée à l’issue d’un week-end intense où l’amour, l’amitié, la musique ont joué un grand rôle, un week-end où j’ai brûlé au soleil et dansé sous la pluie. Merci à tous.

Concert Mathis Haug - Pois Chiche #9

Concert Mathis Haug – Pois Chiche #9

 

PS : et pour conclure, je vous recopie ci-dessous une liste tirée du livre de Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Introduction à la communication NonViolente. Je ne classerais pas nécessairement tous les besoins de cette manière, cependant je trouve qu’elle est très complète, et que chacun peut y trouver son compte.

Quelques besoins fondamentaux qui nous animent tous

Autonomie 
– choisir nos rêves, nos buts, nos valeurs
– choisir des stratégies pour concrétiser nos rêves, nos buts, nos valeurs

Célébration
– célébrer la vie et la réalisation de nos rêves
– célébrer nos pertes : la perte des être proches, la non-réalisation de nos rêves, etc. (le deuil)

Intégrité
– authenticité
– créativité
– sens
– estime de soi

Interdépendance
– acceptation
– appréciation
– proximité
– communauté
– considération
– contribution à l’enrichissement de la vie
– sécurité émotionnelle
– honnêteté (l’honnêteté qui nous donne le pouvoir d’apprendre par nos propres limites)
– amour
– réassurance
– respect
– soutien
– confiance
– compréhension

Nourriture sur le plan physique
– air
– nourriture
– mouvement, exercice
– protection contre les formes de vie menaçantes : virus, bactérie, insectes, animaux prédateurs
– repos
– expression sexuelle
– abri
– toucher
– eau

Jeu
– amusement
– rire

Communion d’esprit
– beauté
– harmonie
– inspiration
– ordre
– paix

Commentaires (3)

  1. Amélie

    Tu as une force dont je suis très très admirative (oui, deux « très », je suis d’humeur prolixe) cette force de rebondir, de te ré-inventer, de trouver de nouvelles routes… bref… tu es inspirante pour moi. bisous

    Répondre
    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      Merci <3 (et moi je suis love aujourd'hui)

      Répondre
  2. Pingback: Devenez une rock-star on vous en filera gratos | No Sex Inside

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