Le numéro que vous avez demandé…

Cette semaine, c’est celle où je mets en oeuvre toutes mes bonnes résolutions de début d’année, celle où le Minus est en vacances chez son père, celle où je bosse comme 4 12, celle où je range la baraque et où je mets en vente des tonnes de trucs sur LBC, où je mitonne des bons petits plats bios que je congèle en prévision des jours de rush, où je bricole et je créé des tas d’objets délicats et raffinés pour décorer mon home sweet home, où j’en profite pour faire des sorties natures et aussi culturelles, où je m’épile et où je me fais des masques jusque dans les poils de nez, où je sors tous les soirs et brille en société par ma culture, mon humour et ma beauté (intérieure et extérieure), où je fais la fête jusqu’au bout de la nuit et me réveille à l’aube fraîche comme le pare-brise de ma voiture le matin par moins deux.

vacances

Nan, je déconne.

Comme d’habitude, lorsque je laisse le Minus à son père (ou a tout autre adulte inconscient consentant), il me faut d’abord une journée pour que mon corps intègre qu’il n’a plus besoin d’être sur la brèche, oreilles aux aguets, rapport au fait que les mères sont, aux yeux de leur progéniture, corvéables à merci et disponibles 24/7, dans un délai d’une demi-seconde. S’en suit un relâchement musculaire qui conduit inévitablement à un affalement sur canapé (accessoires : bon bouquin et tasse de thé. Chat en option.)

Parfois un sursaut de culpabilité né du plaisir lié à son absence me pousse à réaliser quelque chose pour lui (rangement de sa piaule, bricolage), avant de retourner vaquer à mes occupations personnelles. (J’avoue qu’il me manque, aussi, ce qui viendra certainement nuancer ce portrait de mère indigne)

La première nuit, c’est inévitablement rattrapage de sommeil en retard (nécessite parfois 2 nuits), sans rêves.

C’est après que cela se corse. N’étant plus soumise à la gestion des questions quotidiennes (pain/fromage/soupe à chaque repas, premières fringues qui me tombent sous la main, critère confort prioritaire, no make-up, poils autorisés), j’ai le temps de me soucier de mes lames de fond. Sens de la vie, relations humaines, travail, valeurs, engagements divers et variés. Pragmatisme oublié, je m’imagine envoyant tout promener, partir à l’aventure, mener une vie (encore plus) marginale (respire, maman). L’urgence de partir, le refus d’être un port d’attache, la faim de trouver des compagnons de route m’habitent et me rongent de l’intérieur. J’ai affirmé il y a peu que Corto Maltese était l’homme idéal, et on m’a rétorqué « quoi ?! mais il n’est jamais là. » On ne s’est pas compris, je ne veux pas être une femme qui attend Corto à terre, je suis Corto, je veux voguer et embarquer à bord de mon radeau qui voudra bien m’accompagner. Il faudra être un peu fou, ce n’est pas un problème.

Là, toute seule dans mon appartement, je fantasme, je m’invente un courage que je n’ai pas, je mouline, je dialogue, je colère, j’insomnie,  j’écris, j’écris, j’écris. Je sais que c’est une bulle, un répit, que bientôt je redeviendrai raisonnable, et polie, je rentrerai dans le rang. Je rattraperai mon retard de travail, je rangerai ma maison, je ferai tout ce que j’attends de moi, malgré cette petite résistance, ce remugle de chaos intérieur que je sais si bien oublier lorsque tout le reste est posé par dessus.

Allez, encore cinq jours à tirer, cinq jours pour faire de ce bouillonnement une énergie créative et productive, cinq jours pour vivre quelques aventures avant le retour à la réalité. Va peut-être falloir que je m’épile, finalement.

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