Gratiferia

Pour continuer dans la thématique « un autre monde est possible », j’ai envie de vous raconter ma journée Gratiferia.

Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

(photo @colibris uzège)

(photo @colibris uzège)

La Gratiferia, ou « marché du gratuit », c’est en gros un vide grenier où les gens DONNENT (oui oui) ce dont ils ne se servent plus. Rien de caritatif là-dedans. Il s’agit plutôt d’un acte politique (j’insiste) où l’on affirme haut et fort que ce qui est important dans un objet, c’est son usage, et non sa possession. Je dirais même plus ! Que sa valeur n’est pas intrinsèque (et ne se déprécie donc pas avec le temps), mais réside dans le besoin que l’on en a. Exemple : les objets de puériculture valent très chers (en valeur marchande), mais t’as beau compter tes sous, une poussette c’est beaucoup moins précieux quand ton môme a 18 ans que quand il en avait 1.  Par contre, à 18 ans, le jean acheté dans une friperie au fin fond des années 80 : priceless pour parfaire son look de hipster. Vous voyez l’idée. Tu donnes ce qui n’a plus de valeur pour toi (= tu n’en as plus l’usage), parce que tu penses que la valeur de cet objet réside dans l’usage que quelqu’un d’autre (= qui en a le besoin) va en faire.

Bon, et puis c’est surtout un moment de partage incroyable.

Donc, vers chez moi, mes amis des Colibris ont organisé en septembre une gratiferia.

Je m’y suis rendue, avec mon panier sous le bras, rempli de quelques bricoles que j’avais eu le temps de trier : jouets, livres, vêtements, vaisselle. J’ai installé mon petit stand, et suis allée tranquillement saluer mes connaissances, sans pression (« on va me piquer un truc si je ne surveille pas mon stand » « je vais rater une vente si je ne suis pas là pour répondre aux questions »… tous ceux qui sont restés des journées entières dans un vide-grenier sans oser aller pisser alors que les voisins d’allée avaient payé leur demi savent de quoi je parle). Je suis revenue à mes petites affaires, j’ai discuté avec des passants surpris par l’événement. J’ai donné. Ce n’était pas la première fois, j’ai coutume de donner des choses sur Internet via des sites dédiés, mais là, les échanges étaient sensationnels. La relation n’est biaisée par rien. Il circule juste du plaisir, de la confiance, de la joie. Tout est simplifié. Les enfants, quand ils voient quelque chose qui leur plait, n’ont pas besoin de passer par l’intermédiaire (du porte-monnaie) de leurs parents. Ils passent devant toi, tu repères la lueur que l’objet a allumé dans leurs yeux, tu leur dis « il te plait, tu le veux ? je te le donne », ils te regardent avec une reconnaissance incroyable, c’est juste wahou ! Je pense qu’on pourrait facilement développer une addiction aux gratiferias, à cause de tout le love qui s’en dégage. Filer des trucs à des gens qui en ont vraiment envie = vis ma vie de Père Noël, quoi.

(photo @colibris uzège)

(photo @colibris uzège)

Je n’avais pas eu le temps de refaire un vrai tri, c’était trop tôt après le déménagement, je n’y allais donc pas vraiment dans une logique de désencombrement, mais plutôt par curiosité et envie de participer à la fête (surtout que, hum, j’avais dit que je revenais les mains vides, et j’ai en effet donné tout ce que j’avais apporté, mais j’ai succombé à quelques bidules et machins…). Cependant la logique anti-gaspi, anti-conso-jetable, la démarche de réflexion autour de notre rapport aux objets ont emporté mon adhésion à 200%. Et c’est dans ce genre de moment que l’on prend toute la mesure du « heureux » de la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. Non, la sobriété, la mesure, ne sont pas nécessairement austères. Elles le sont probablement lorsque l’on y vient avec frustration, avec le sentiment de se priver. Lors de la gratiféria, au contraire, c’est une espèce de grâce (encore, oui, je sais) qui gagne les participants, une version immaculée du vivre ensemble. On se fait plaisir, on donne, on prend, on termine la journée par un petit goûter partagé en refaisant le monde.

Si la vie ça peut aussi être ça, direct je signe pour une seconde (ou une troisième, ou quatrième, je ne sais pas où en sont mes comptes), et en plus ça me donne envie de préserver les belles choses pour que la prochaine soit encore plus agréable.

Je vous jure j’ai rien fumé.

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