Baton de parole

Petit partage d’expérience.

Pour une fois, je m’éloigne du cercle familial pour vous parler d’un événement qui a eu lieu avec les enfants dont je m’occupe lors du temps d’accueil périscolaire.

C’est la première fois que je me retrouve avec un groupe d’enfants à qui je dois faire faire quelque chose pendant 1h30. Il m’arrive régulièrement, depuis plus de deux ans de bénévolat à la bibliothèque, de recevoir avec plus ou moins de bonheur / patience des petits groupes de maternelle, qui viennent emprunter un livre et écouter une histoire pendant 15 minutes. Souvent, je lève la voix, ou je laisse régner un gentil chahut, selon mon humeur. Quand je suis particulièrement en forme, j’arrive à les captiver en « faisant les voix » des personnages du livre et en lisant avec grand renfort de bruitages. Même si c’est assez simple avec les petits, d’une manière générale, j’ai quand même du mal à utiliser la CNV en groupe, je suis démunie, je manque de pistes.

Avec mes 9 CE2-CM1-CM2, je tente donc de faire du cinéma d’animation. La mission de départ, clairement énoncée par la mairie qui m’emploie, c’est qu’on est sur un temps de découverte, de jeu, et pas d’apprentissage scolaire. Très bien, ça me va tout à fait. Mais je suis arrivée un peu trop cool, sans avoir vraiment réfléchi aux règles. Devant ce flou artistique, les enfants s’en sont donné à coeur joie pour faire ce qu’ils voulaient. Et lorsqu’on est arrivé à la phase de création, qui nécessite du travail chacun leur tour et donc un peu d’attente, je les ai perdus. J’ai juste réussi à mettre en place la règle que ceux qui n’étaient pas intéressés ne dérangent pas les autres, et donc 4 ou 5 enfants sur 9 (pas toujours les mêmes, ils tournent au cours de la séance) étaient quand même en permanence avec moi, pendant que les autres dessinaient au tableau ou se défoulaient dans la cour. (Au final, tout le monde a participé à un moment ou à un autre, hein, je n’en ai pas abandonné 3-4 au bord de la route pendant 6 semaines, vous me prenez pour qui, nanmého ?!) J’aurai beaucoup appris de cette expérience, et j’envisagerai les choses différemment lorsque je recommencerai avec les CP-CE1 dans quelques jours (ça va moins rigoler, c’est moi qui vous le dis).

Cette longue introduction terminée, j’en arrive à ce que je voulais vous raconter, ma petite victoire de ces 6 séances. Dans mes 9 zigotos, j’ai bien entendu des personnalités uniques, différentes, modérées ou extrêmes. J’ai eu peu de temps pour les cerner, et certains sont tout de suite sortis du lot, prenant beaucoup de place. Surtout un (suivez mon regard). Et lorsque j’ai eu besoin d’un temps de réflexion collective, pour inventer avec eux le scénario du film que nous allions réaliser, il était très difficile d’empêcher cet énergumène de prendre la parole de manière intempestive. C’est là qu’un éclair de génie (si si) m’a traversé. Le seul de ces 6 séances.

Je me suis saisie d’une paille (le seul truc que j’avais sous la main qui ressemblait à un bâton) (je vous raconterai peut-être un autre jour ce qu’on a bien pu faire avec des pailles) et j’ai expliqué qu’à partir de maintenant seul celui qui l’avait dans sa main avait le droit de parler. Je pensais ainsi pouvoir peut-être donner la parole aux plus discrets, mais à cet instant j’avoue que j’avais peu d’espoir de parvenir à faire taire les bavards. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé. Valorisé je pense par le fait qu’on lui donne la parole et que toute l’attention du groupe se tourne vers lui à ce moment là, mon agitateur est parvenu à rentrer dans l’échange de manière très respectueuse, et le groupe s’est presque auto-géré pendant la quinzaine de minutes qu’a duré la conception du scénario, j’ai dû rappeler la règle de parole 2 ou 3 fois seulement. J’ai vécu quelques minutes de grâce. Cette réaction peut paraitre disproportionnée, mais ce que j’ai ressenti en voyant ces roudoudous bosser ensemble dans un respect qu’on a parfois du mal à obtenir des adultes était assez intense. Ce fut de courte durée, le chaos a repris juste après, mais ça a suffit à renforcer ma foi en l’humanité, si si, un autre monde est possible au moins 15 minutes par jour !

Quelques infos sur le bâton de parole (dont les règles peuvent être différentes selon les groupes qui l’utilisent) ici ou .

PS : Je regrette de ne pas pouvoir vous montrer tout ce que les enfants ont réalisé (je ne peux pas mettre en ligne les vidéos où on les voit), mais voici ce qu’ils ont fait dans les toutes premières séances de découverte du stop motion :

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