Empathie

Je reprends un gros, gros travail sur l’empathie en ce moment. J’avais un peu laissé tomber, un peu oublié mes bonnes résolutions, parfois c’est plus facile de se laisser aller à ses anciennes habitudes. Comme le challenge « j’arrête de râler », que j’avais tenté pleine de bonne volonté et arrêté faute de… faute de quoi ? De disponibilité émotionnelle peut-être, de courage aussi. La route est longue, forcément il y a des ratés, des détours, des changements de cap. Voilà encore quelque chose que j’apprends à accepter, non sans mal, mais je ne souhaite pas que ce soit le propos de cet article.

Il y a deux parties dans la Communication Non Violente (CNV) telle que la définit M.B. Rosenberg : s’exprimer avec sincérité, et accueillir les émotions avec empathie. La première me pose déjà bien des soucis, j’ai encore des verrous à faire sauter à ce niveau là. Mettre en pratique la seconde est pour moi tout aussi difficile. Les voies du développement personnel sont semées d’embuches (mais pas impénétrables) (en tout bien tout honneur) (no sex inside j’ai dit).

Histoire que nous sachions de quoi nous parlons, définition (celle, parmi les nombreuses existantes, à laquelle je me réfère) :

L’empathie est une façon de comprendre avec respect ce que les autres vivent. Selon le philosophe chinois Tchouang-Tseu, l’empathie véritable exige que l’on écoute de tout son être : « L’écoute exclusivement auditive est une chose. L’écoute intellectuelle en est une autre. Mais l’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient alors à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’esprit. » – Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), introduction à la communication non violente.

les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)

L’empathie requiert donc « une vacuité de toutes les facultés ». Allons bon. Pour moi, ça consiste tout d’abord à couper la machine à a priori et à jugements. C’est-à-dire ne PAS se mettre à la place de l’autre. Quand Minus a peur d’un truc, ne pas se dire que je n’aurais pas peur à sa place (de là à un « il n’y a aucune raison d’avoir peur », il n’y a qu’un pas), quand Cortex râle en voiture, ne pas se dire que j’aurais gardé mon calme, moi, si j’avais conduit (il râle = moi je n’aurais pas râlé = il n’a pas de raison de râler/il aurait pu gérer la situation de manière plus zen = je suis énervée parce qu’il a râlé). Bon, mais en pratique, ça donne quoi ? (enfin, ce serait sensé donner quoi ?)

– Encore un qui conduit n’importe comment, il a doublé sur la ligne blanche !
– Rha lala, par ici c’est vraiment n’importe quoi sur la route ! (=tu as raison de t’énerver)
– Calme toi, tu vas faire une crise cardiaque. (= tu as tort de t’énerver)
– Ca t’énerve lorsque les autres ne conduisent pas bien. (= j’entends bien ton énervement)

Ah ah ! je vous entends déjà (je vous ai déjà entendus, surtout, oui, vous, là-bas, qui ricanez près du radiateur) : ce n’est pas naturel, personne ne répondrait ça. Je suis d’accord, ce n’est pas naturel, et peu de personnes répondraient ça. Est-ce que ce n’est pas naturel parce que l’homme est un animal qui ne peut fonctionner que dans le conflit, l’opposition ? Ou n’est-ce pas naturel parce que nous sommes conditionnés par notre culture judéo-chrétienne, parce que nous avons du mal à sortir d’un mode de pensée basé sur le bien et le mal, sur le jugement ? Sans doute que des tas de chercheurs très intelligents se sont penchés là-dessus. Mais ce n’est même pas ce qui m’intéresse. Moi j’ai envie de croire que, inné ou acquis, ce fonctionnement conflictuel n’est pas une fatalité.

J’ai pu expérimenter, les fois où je parviens à montrer de l’empathie, combien la relation avec la personne en face de moi est améliorée. Ca ne vous arrive jamais de terminer une conversation avec quelqu’un sur une sensation de malaise, d’insatisfaction ? Même si l’échange a été intéressant du point de vue intellectuel par exemple sur un sujet qui vous tient particulièrement à coeur (au hasard… heu… l’éducation des enfants ?… l’égalité homme-femme ?). Cela m’arrive très souvent, mais jamais lorsque je parviens à faire preuve d’empathie. Et rien que, égoïstement, pour cette sensation de bien-être, je trouve que ça vaut le coup de se donner du mal pour briser les schémas dans lesquels nous sommes enfermés.

exercice-pour-muscler-les-fessiers-extension-jambesC’est comme quand on fait des abdos-fessiers. Tout le monde sera d’accord pour dire que se tenir à quatre pattes et lever la jambe n’est pas un comportement humain naturel. Et pourtant, on le fait, et parfois même en groupe. Parce qu’après avoir fait du sport, on se sent bien physiquement. Et puis émotionnellement aussi, parce qu’on est content d’avoir pris soin de soi. Et psychologiquement, parce qu’on s’est vidé la tête. Comme on se trouve plus beau, plus courageux et qu’on s’est dépassé, on rebooste sa confiance en soi. Et pour ne rien gâcher, cela améliore notre santé. En anticipant tout ça, on parvient à trouver la force pour aller à la salle de gym, mettre une tenue dans laquelle on ne se sent pas forcément à l’aise face au regard des autres, suer, rougir, dégouliner, parfois ne pas réussir à atteindre son objectif du jour, mais tant pis, on y retourne et on recommence.

Pour l’empathie c’est pareil. C’est dur, cela demande de l’entrainement, une vigilance de chaque instant (du moins au départ. J’imagine que c’est de plus en plus facile. Dites-moi que c’est de plus en plus facile !), mais les bienfaits sont immédiats et observables à différents niveaux : rapport à soi-même, vie personnelle, relations professionnelles, éducation des enfants…

Pour l’instant, je suis bien bien bien bien bien loin de parvenir au quotidien à faire preuve d’empathie. En attendant que ça devienne naturel, j’essaie de la garder le plus souvent possible dans un coin de ma tête. Et j’ai mis en place quelques trucs et astuces, quelques notes mentales :
– quand je sens que je ne sais pas quoi répondre, ou que je parviens à anticiper que ma réponse ne sera pas adéquate (basée sur la colère par exemple), je ne dis rien. C’est déjà un gros progrès, j’ai plutôt tendance à parler à tort et à travers d’une manière générale.
– j’ai appris à détecter les situations « à risques » : les discussions où je sais d’avance que mon interlocuteur n’a pas du tout la même opinion que moi, les discussions de cour de récré, les personnes qui ont besoin de vider leur sac. Bien sûr, la situation la plus dangereuse est le conflit direct, mais j’y suis très rarement confrontée. La petite alarme qui s’allume à ces moments là n’est pas encore la garantie de parvenir à mettre en pratique l’écoute empathique, mais c’est un début.
– je me répète comme un mantra que lorsque je parle des autres, c’est de moi que je parle. Lorsque j’émets un jugement, c’est que j’ai besoin de me rassurer moi-même. Il ne fait pas comme moi = il a tort (sinon je n’aurais pas raison). Cette attitude n’a jamais rendue la vie meilleure à qui que ce soit, autant la laisser tomber.
Et je parviens maintenant à me rendre compte lorsque je réponds d’une manière qui ne me satisfait pas, et à refaire le dialogue dans ma tête, en prévision de la fois prochaine.

L’empathie, pour moi, c’est donc la première étape, avant la sympathie, avant la compassion, qui permet d’entrer dans le dialogue sur de bonnes bases, en limitant les risques d’incompréhension et de conflits inutiles (existe-t-il des conflits utiles ? ou productifs ?).

Je vous promets d’ailleurs de me montrer empathique dans mes réponses à vos (nombreux je n’en doute pas) commentaires.

Commentaires (4)

  1. Giom

    L’empathie c’est quand ton ex t’offre, avec une infinie gentillesse et pour ton seul bénéfice, sans référence à quoi que ce soit du passé : « la communication non-violente ».

    Merci pour ce texte et l’exercice de gymnastique.

    giom

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    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      J’espère que cette lecture t’a été profitable ! 🙂

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  2. Elodie

    C’est drôle ça, c’est ce que fait ma maman 🙂
    Elle est à Angers, si tu veux la rencontrer, ou lui écrire..
    http://gaelle-germain.fr/
    Bisous !

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    1. M-Aurele (Auteur de l'article)

      C’est rigolo ça ! C’est fou comme vous vous ressemblez en tout cas ! 🙂 merci

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