Vernis à zongles

vernis petiteCette semaine, pour la première fois, Minus est allé à l’école avec du « vernis à zongles ». Il adore que je lui en mette. Ce qui est assez étonnant car moi-même je n’en porte que très rarement. On avait déjà testé chez sa nounou, alors qu’il était plus petit. On avait balayé un malicieux « tu as mis du vernis comme une fille ?? » d’un revers de « non, comme un rockeur ! » (oui oui, j’avais préparé ma réplique), en parents féministes et anti stéréotypes de genre que nous sommes. Il veut porter du vernis ? qu’il porte du vernis !

Mais bon, chez sa nounou, c’est facile. Il n’y a pas de cour de récré. Quand il a vu le flacon sur mon bureau (que j’étais en train d’utiliser pour bricoler en plus, même pas à des fins esthétiques) et qu’il m’a demandé de lui vernir tous les doigts, alors qu’il y avait école le lendemain, je n’en menais pas large. Que fallait-il faire ? le protéger d’hypothétiques remarques blessantes en refusant sa demande ? Le message aurait été que, d’une part, il faut plier devant le regard des autres, et, d’autre part, que faire quelque chose « comme une fille » est une remarque blessante. Avec Cortex, nous étions partagés entre l’envie de le laisser exprimer sa personnalité, la peur qu’il passe un mauvais moment, et un fond de culpabilité (ou est la limite entre l’instrumentalisation des enfants à de viles fins de propagande féministe et la bienveillance éducative ?). On a suivi notre instinct, on l’a laissé décider de ce qui semblait bon pour lui. Il était donc tout content d’avoir son vernis, mais ni plus ni moins, il ne s’est pas plus extasié devant ses doigts que devant le fait de devoir mettre un slip sous son pantalon, c’est juste pour lui quelque chose de naturel. Et surtout, pas du tout lié à une quelconque séduction, il était juste content d’être beau, pour lui même, sans que la perspective du regard des autres lui traverse l’esprit une minute. Comme quand il choisit un slip qui lui plait, même si personne ne va le voir.

Lorsque nous sommes arrivés à l’école, sa maîtresse lui a juste dit « oh mais qu’est-ce que tu as mis sur tes doigts ? », comme elle aurait fait pour une fille, je pense, il a répondu « du vernis à zongles » (je ne me lasse pas de ce « z » intempestif !), et j’ai ajouté « il est très beau ainsi » (un peu stressée la mother que le message ne passe pas). Et voilà, roule ma poule, c’était parti pour la journée.

J’aimerais bien dire qu’en venant le chercher je ne lui ai pas demandé si quelqu’un avait fait une réflexion sur ses doigts (genre « je suis trop zen sur cette question »), mais en vérité je ne me souviens plus qui est à l’origine du compte-rendu (il est fort probable que ce soit moi). Minus a donc expliqué que tout le monde avait regardé son vernis, que certains avaient dit que c’était pour les filles, mais pas tous. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Et il m’a répondu qu’il avait envie d’en mettre et qu’il était un garçon, donc que les garçons pouvaient en mettre. Si dans 15 ans il me sort qu’il avait envie de piquer ma voiture pour aller en boite, qu’il sait conduire, et que donc il pouvait le faire j’apprécierais sans doute moins, mais dans cette situation, il transgresserait probablement une règle établie et définie entre nous. Alors que porter du vernis, ça ne transgresse qu’une « norme » sociale, non clairement édictée, si ce n’est par la force de l’habitude, et à travers la publicité qui vend le produit comme un produit féminin.

Ecrit ainsi, on a l’impression qu’avec Cortex nous nous sommes posé des tas de questions sur le moment. Non, hein. On avait déjà été confronté à cette envie, à l’école c’était le pas supplémentaire, et il a suffit d’un échange de regard pour se mettre d’accord. En tout cas, quelques jours plus tard, Minus n’a toujours pas demandé à retirer son vernis. Et ça essuie tous les « les colliers c’est pour les filles » et les « les filles adorent le rose et le violet » qu’on entend depuis qu’il est scolarisé !

Prochaine étape, les boucles d’oreille.

 

PS : si certains d’entre vous se demandent ce que j’étais en train de bricoler avec du vernis à ongles, et bien voici. J’ai très astucieusement peint une des clés d’un trousseau afin de la distinguer de ses copines. Malin, n’est-ce pas ? Sous vos applaudissements.

Commentaires (4)

  1. estelle

    Aahhh je me pose cette question tous les jours : à quel moment je dois poser des limites sur les « envies de filles » de mon fiston. Je le laisse apporter ses barbies et mettre sa bague porte-bonheur à l’école, sa perruque non, mais partout ailleurs il a le droit… Il dort avec sa robe de Raiponce.

    J’aimerai pouvoir toujours le suivre, mais j’avoue que j’ai insisté pour qu’il invite AUSSI des garçons à son anniversaire (ils ont quand même eu le droit à des invitations en forme de coeur), j’ai sorti les petites voitures ce jour-là alors qu’il n’y joue jamais, et le vernis à ongles je crois que je lui avais fait enlever avant d’aller à l’école.

    Le truc c’est que j’ai eu l’impression cette année qu’il avait eu du mal à trouver sa place à l’école, entre les filles qui ne voulaient pas qu’il joue avec elles à des « jeux des filles », et les garçons qui aiment trop « jouer à la bagarre ». S’intégrer dans un nouveau groupe n’a pas l’air facile pour lui (la dernière semaine au centre aéré a été dure) et j’ai peur qu’à un moment il soit mis à l’écart à cause de ça.

    Bref, entre mes envies de maman féministe, mes aspirations de liberté et d’un monde plus tolérant, la société telle qu’elle est aujourd’hui, et la crainte que mon enfant ne sois pas accepté comme il est, pas si simple de se positionner…

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    1. admin (Auteur de l'article)

      C’est vrai tu as raison.
      C’est facile pour moi de raisonner avec une histoire de vernis à ongles, la symbolique n’est pas très forte, je pense qu’il existe des hommes qui se font des manucures discrètes, et pas mal de chanteurs et autres célébrités en portent.
      S’il avait voulu mettre une robe, je ne sais pas du tout comment nous aurions réagi…
      Et pourtant, depuis que j’ai posté cet article, j’ai déjà discuté avec plusieurs mamans dont les garçons adorent le rose et les paillettes, jouer à la dinette et aux poupées, qui aimeraient les laisser plus assumer ces envies et ces gouts, et qui n’osent pas face au regard des autres. Si ça se trouve, on se freine peut-être tous à cause d’un regard des autres que l’on imagine, mais qui n’existe pas tant que ça en réalité. Si on se lâchait, on trouverait peut-être des alliés pour faire front 😉

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  2. bne marto

    Il me semble que mon (notre) petit frère jouait a la Barbie non…
    Et mm toi, n’as tu jamais joué au lego???(plus vendu pour les petits garçons)
    Et sans déviance d’aucune sorte par la suite.

    Et les jeux pour enfants ne sont pas sensés éveiller leur imaginaire. Alors que les enfants se prennent pour une personne du sexe opposé ,un monstre ou autre transformation possible pour l’imagination doit être bénéfique, non???

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    1. bne marto

      message a minus : écoute ton instinct, porte robe, cheveux longs et autre bijou du moment que ça te plait minus.

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